Lu Vu Bu

Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 16:47


Blue Monk. Il ne touche pas les noires, porte un bonnet, il les tabasse. L’ivoire comme des peaux tendues. Le piano est un instrument à percussion. Martèle les cordes. Singe en hiver. Bourré sur son piano, avec son nom de Yoruba. Plaque les its. Ecartèle ses grosses pattes velues et engloutit entre deux doigts trois octaves. Ses bras luisent comme le corps du piano. Ebène rayé. Disque rayé. Titille l’accord. Ne le cherche pas. Le plaque au sol. Rugbyman du jazz. Danseuse étoile aux pattes d’éléphants. Et sa gueule de singe. Le singe. Monk. Monk. Et tridence. Stridence. Trident de ses mains déguerpissent sous chaque chabada; CHabada chabada. Ecrire le jazz est un miracle. Une corvée. Lui la bacle, s’en débarasse. La musique lui brûle les doigts. Il la jette. Il la balance, facile. Balancer des tonnes. Finesse de l’ébène prolonge ses ongles, ses bras, le prolonge. Ses bras. Le corps du piano velu. Et vascille sous les coups de pâtes du monstre. Et son bonnet. Des babouches d’Imam. Et le papillon du sax glotte sous la gorge. Air hagard. Crépitement de paupières. Soutenance des accents. Des accords. Zigzag. Monte. Eructe. Toujours. Et l’obsédeuse battante , cliquetis des boutons du sax. Canards en chaînes. Il raccroche les notes. Les épingles aux bois vermoulus d’une cabane New Orleans. Hantés d’esclaves aveugles et ivres. Parker droit et fier. Monk s’est levé. Vacille. Classieux. Titube le rythme. Se rassoit. Solo. Descente.  Egraine. Dans sa course accroche des bouquets. Enfantins. Divinement enfantins. Tabasse. Du bout des doigts. Grosse bagues surmontées de rubis. Arqué sur deux noires. Du plat des phalanges. Et doubles stridences. Joue des hiatus. Se tord. Les babouches caressent le parquet. Quinte de toux. Eternuement. Stridence. Deux notes à la fois. Trille ponctuée de grave obèse, ponctuée, trilleuse et accent grave. Désaccord. Disloque le rythme repris par la bateuse. Aigus. Suraigue analipsant la suite. Ca arrive. Juste des accords. Plaqués. Mains croisées. Et sa pomme tape, plaque, impose. Juste taper. A quatre mains sur une seule note. Il se lève. Quelques pas. Obseve la contre basse. Allume une clope.

Le contre bassiste aiguise sa basse. Cristalise les palpitations pulmonaires. Tiraille les souffles aux coeurs. Reprise de la batante. Chorus et roulements de tambours. Le singe est sur scène. Caisse claire pétillée de cymmbale. Sur un tapis de cymbale. Facile. Ecrire avec le ressac des vagues. Roulement. Le theme Monk reprend. Les trois notes centrales hoquettent et on redescend. Le theme reprend. Les trois notes hoquettent et on redescend et on redescend. Une ultime stridence. Et le silence.

Par Benjamin Benjamin - Publié dans : Lu Vu Bu
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